Pour une réelle démocratisation de la réussite de nos élèves

Alors que les discours ministériels s’enchaînent pour redonner vie aux antiennes sur le redoublement, la baisse du niveau, des diplômes qui ne représenteraient que peu de choses et seraient dévalorisés, que nous propose le ministre de l’Education nationale pour renforcer réellement la démocratisation du système éducatif et permettre, notamment aux élèves issus des classes populaires les plus éloignées de la culture scolaire, de réussir ?

Ne cherchez pas, la réponse est « néant ».

Profiter de la baisse démographique pour alléger les effectifs, renforcer les accompagnements, faciliter la formation des personnels et remplacement : non. Le seul objectif est de poursuivre la restriction des effectifs de personnels, au détriment des conditions d’apprentissage des élèves et des conditions de travail des personnels.

Se saisir de la stagnation de la réussite au DNB et au baccalauréat pour améliorer collectivement les conditions d’enseignement et élaborer les dispositifs d’accompagnement qui répondent aux caractéristiques actuelles des jeunes que sont nos élèves, pour répondre aux évolutions de la société, pour répondre aux objectifs de la loi d’orientation de 2013 (100 % de validation du socle commun de connaissances de compétences et de réussite) ? Non plus. Retour de la note comme forme d’évaluation quasi exclusive en collège, tant pour le brevet que les procédures d’affectation post-troisième, discours sur l’abandon du dernier mot aux parents concernant l’orientation (qui n’a d’ailleurs jamais réellement existé si ce n’est pour quelques établissements expérimentateurs), qui, ce faisant, provoque un affaiblissement global de la qualité du dialogue avec les familles. En lycée, aucune des mesures adoptées dans le cadre de la réforme du baccalauréat n’a atteint les objectifs qui lui étaient assignés, pas plus que les procédures de ParcourSup n’ont permis de démocratisation dans l’enseignement supérieur, pas plus que le fameux Y en lycée professionnel.

Quant à l’éducation prioritaire, l’absence de remise au centre de la réflexion dans ces dix dernières années, nous pourrions la considérer comme le paradigme de l’abandon d’une réelle volonté politique de prendre en considération l’origine sociale des élèves comme facteur discriminant justifiant le « donner plus à ceux qui ont le moins ».

Autant d’éléments qui renvoient la responsabilité de la réussite et surtout de l’échec aux élèves, aux familles. Autant d’éléments qui dédouanent le système éducatif de ses responsabilités. Le faux semblant des mesurettes superficielles contre-productives qui sont annoncées ne vise qu’un discours populiste pour extraire la politique gouvernementale de sa responsabilité énorme de ces dix dernières années.

Seule une politique nationale ambitieuse permettra de relancer la démocratisation de notre système éducatif par la réussite du plus grand nombre. Pour cela il est nécessaire d’inverser la proposition politique.

Trois étapes pour cela :

  1. Réaffirmer politiquement l’objectif de la démocratisation de notre système éducatif, de la capacité de tout élève à réussir au sein du système, de s’y émanciper, tel que cela avait été affirmé en 2013.
  2. Engager avec les organisations représentatives un dialogue qui permette l’élaboration, la construction des mesures qui permettront d’atteindre l’objectif fixé.
  3. Dégager les moyens pour l’éducation nationale pour la mise en œuvre de ces mesures.

Oui le slogan « l’éducation n’est pas un coût mais un investissement pour l’avenir » prend encore plus de sens aujourd’hui. Sans cela, la société française, qui va être durement touchée par les questions de natalité et ses conséquences sociales et économiques, sera encore plus handicapée par une jeunesse insuffisamment formée, par des jeunes qui n’auront pas acquis l’ensemble des capacités et compétences pour évoluer dans le monde mouvant de demain, tant en tant que citoyens qu’en termes d’insertion professionnelle et de formation continue tout au long de la vie.

FSU Per Dir s’est toujours exprimé et a toujours agi en opposition aux contre-réformes qui ont dégradé la réussite des jeunes qui nous sont confiés autant que nos conditions de travail. Nous prendrons toute notre part pour que les conditions d’une relance de la démocratisation de la réussite de nos élèves, dans un objectif d’émancipation de la jeunesse, soient créées.

Aujourd’hui il n’est pas encore trop tard. N’attendons pas.