Le Club des Dirigeants de l’Education, fondé à l’initiative d’un chef d’entreprise, a notamment l’intention de « peser sur les choix éducatifs portés par les candidats à l’élection présidentielle ». Le financement en est assuré par des entreprises privées qui tirent leur chiffre d’affaires du domaine de l’éducation (communication, enseignement privé, …).
Nous y trouvons ensuite côte à côte pour mener une réflexion commune des anciens responsables du ministère Blanquer, le directeur de l’enseignement catholique dont chacun se rappellera les déclarations au sujet de la prière en classe, mais également des responsables syndicaux du syndicat majoritaire des personnels de direction.
A quelques mois des élections professionnelles, il est intéressant d’interroger la participation de dirigeants syndicaux à un think tank qui se donne le lobbying pour objectif.
Le Club apporte de l’eau au moulin à des évolutions dangereuses pour le service public de l’Éducation nationale.
D’abord par son affirmation décomplexée de l’abolition des frontières entre public et privé : solliciter aux côtés des acteurs publics le directeur de l’enseignement catholique présuppose la pertinence de l’enseignement privé dans le champ de l’éducation et de la formation initiale. La position de FSU Per Dir est à l’opposé de ce parti pris. L’École publique devrait être la seule institution à recevoir des fonds d’État pour la formation initiale. L’abandon affirmé de cette orientation par le CDE doit être combattu avec force.
Mais les propositions sont dangereuses également par les mantras du néo-management que le Club se donne la mission de diffuser :
- Renforcement de l’autonomie des établissements, notamment dans le recrutement, l’évaluation des personnels par le chef d’établissement… L’autonomie n’y désigne pas, comme on pourrait le souhaiter, un plus grand pouvoir d’agir des acteurs de l’Ecole qui redonnerait sens au métier de personnel de direction après des années de dégradation. Elle est réduite à la seule dimension du « pouvoir » du chef d’établissement, selon l’inspiration d’un imaginaire coincé dans le New Public Management des années Blair pour un mixte du garde-chiourme et de l’entrepreneur.
- Renforcement de l’évolution individuelle des carrières, au détriment du cadre collectif (y compris pour les personnels de direction eux-mêmes).
- Transformation des modalités du financement. Le modèle des établissements de l’AEFE (subvention d’Etat et droits de scolarité payés par les familles) est donné en exemple. En renforçant les moyens financiers, l’autonomie financière permettrait de donner plus d’efficacité au contrat d’objectifs. Belles perspectives lorsque nous connaissons les difficultés vécues à l’AEFE et les contraintes qui s’y imposent aux chefs d’établissements.
Bref : le modèle émergent au sein du Club est de fait celui de l’enseignement privé sous contrat dans la perspective d’un reformatage du métier de perdir.
Il signifie l’abandon de ce qui a constitué l’ADN de notre École publique : indépendance relativement aux financements privés, statut privilégié par rapport au contrat, carte scolaire permettant de restreindre la mise en concurrence pour asseoir une certaine mixité sociale … Autant de repères essentiels pour le service public de l’Éducation nationale.
Nous ne pouvons manquer de terminer en nous interrogeant sur la présence de hauts responsables syndicaux en son sein, alors que les fondations de ce « Club » sont antagonistes avec les principes mêmes de la notion de service public. L’objectif est clairement de les faire dévier vers une vision néolibérale de l’Ecole.
Nous sommes persuadés que les personnels de direction, attachés aux principes de la Fonction Publique, attachés aux principes de neutralité, de Laïcité, de gratuité, de mixité sociale, auront la perspicacité pour décoder les enjeux de la constitution de ce club au service des intérêts privés et de la signification de la présence en son sein de représentants du SNPDEN.
FSU Per Dir est un syndicat qui ne se fourvoie pas, un syndicat qui est fier des valeurs qu’il porte, sans concession. Un syndicat qui promeut une conception de la direction d’établissement permettant la construction collective et non la prévalence de la mise en concurrence. Un syndicat attaché au statut, à la protection qu’il offre pour les usagers et les personnels. Un syndicat qui se bat pour que la transparence et l’équité soient la norme et non la contractualisation, la tractation individuelle, les passe-droits ou les blocages issus du fait du prince.
Pour tous ces motifs, FSU Per Dir appelle les personnels de direction lors des prochaines élections professionnelles à bien interroger le sens de leur vote. Et à choisir en fonction de la conception du métier et du service public. Ne vous trompez pas.
