DNB 2026 : vent de panique pour un casse-tête chinois

Il s’agit donc de « revaloriser le diplôme ». La formule, recyclée du stock publicitaire de Gabriel Attal, met en scène le « retour à l’exigence ». Pour ce qui concerne la fin de la scolarité obligatoire et le DNB, les dispositions sont prises pour l’affichage d’une volonté de restaurer la crédibilité du diplôme : retour en force des notes, recentrage sur les disciplines et cadrage resserré des épreuves autour de marqueurs bien visibles d’un regain de rigueur.

Soit. On passera sur la « régression des exigences » quant aux finalités du diplôme que ce choix communicant constitue. On l’a assez dit ici.

Mais les projections autour d’un taux de réussite à 75 % provoquent une nervosité évidente.

Panique à bord

Une chute trop forte du nombre d’admis pourrait bien avoir des effets contre-productifs et transformer le discours sur la « revalorisation » en procès public assez malvenu sur « l’effondrement du niveau scolaire ».

D’où des instructions et des injonctions plus lunaires les unes que les autres sur des garde-fous pour le contrôle continu. Sur l’organisation des séances de révision, sur les évaluations, les progressions, les entraînements, les corrections, les rattrapages pour lesquels on s’étonne de la naïveté d’un memento. Et que les chefs d’établissement sont censés relayer pour un dérisoire travail d’équipes alors que la situation (système éducatif abîmé, compression des moyens sous prétexte bien opportun de « mur démographique ») est au bord de la rupture dans les établissements. Tout cela sans parler des bénéfices de l’invention bureaucratique d’une commission d’harmonisation académique. Au fond, pourquoi se donner tant de mal pour conserver le contrôle continu ?

On relèvera surtout les effets sur notre activité au quotidien de cette « revalorisation », qui ressemble surtout à un vaste bricolage dans des conditions de plus en plus dégradées.

LSU et autres peines pour les personnels de direction

Si l’efficacité est plus qu’incertaine, en revanche les conséquences ne font pas de doute en termes de complication des conditions de travail pour les personnels de direction. Ceux-ci connaissent à nouveau les joies des tâtonnements institutionnels et techniques inextricables pour la saisie des notes dans LSU : évaluations de remplacement et évaluations de rattrapage, positionnements « en attente » ou « dispensés », ou autres créations aberrantes d’une névrose obsessionnelle de l’évaluation, nouveaux élèves non saisis dans l’établissement précédent, pour lesquels on est obligé de saisir, voire d’inventer des moyennes… autant de cas particuliers, autant de casse-tête.

Si encore cela en valait la peine…

La complexité n’est pas dans l’intelligence du dispositif, mais dans l’absurdité de la mise en œuvre, en particulier lorsqu’il s’agit, pour les établissements qui ont maintenu l’évaluation des compétences du socle, d’effectuer la traduction des compétences en notes. Et que dire d’ailleurs de l’injonction à maintenir une évaluation du socle alors qu’il n’est plus comptabilisé et qu’il a perdu tout sens ?

Les personnels de direction gestionnaires des contradictions

Toute la difficulté politique est donc là : rendre la réussite à l’examen plus difficile sans donner l’impression – qui serait bien dommageable dans la perspective des présidentielles – d’avoir fabriqué davantage d’échec.

Et cette contradiction finit, une fois encore, par redescendre intégralement sur l’exercice de nos missions.

Aux personnels de direction de gérer les inquiétudes des familles.

Aux personnels de direction d’expliquer les nouvelles règles au fil de l’eau.

Aux personnels de direction d’absorber les bugs, les flottements, les ajustements.

Aux personnels de direction de faire fonctionner localement un dispositif construit dans la précipitation.

Aux personnels de direction d’assumer enfin la responsabilité des résultats dont on ne manquera pas de leur reprocher qu’ils sont quoiqu’il arrive « trop bons » ou « trop mauvais ».

FSU Per Dir appelle à une rupture avec un pilotage de l’Education nationale qui instrumentalise et amoindrit les dimensions de notre expertise professionnelle, dans une vision elle-même amoindrie de l’Ecole et de ses finalités. Nous n’avons pas besoin de flagorneries en conclusion d’une circulaire de rentrée (« vous êtes notre fierté et notre espoir ») mais de conditions qui redonnent sens à notre métier.