Edouard a moins d’argent

On nous l’a pourtant bien répété : les cordons de la bourse ne sont pas extensibles et il est temps de comprendre que la fête sociale est finie. Après les contraintes de la dette publique, celles de la baisse démographique. Edouard Geffray ne sait plus comment nous le dire tant le deuil de l’abondance est douloureux : il est temps de « sortir collectivement du déni démographique ».

Ce qui est intéressant, c’est que la raison, le bon sens et le réalisme sont toujours du mauvais côté pour les protections sociales et l’école publique. Il faut croire que la raison n’est pas neutre et que le principe de réalité est partial et même militant : il penche systématiquement pour les choix idéologiques du néolibéralisme, même et surtout quand celui-ci est en crise.

Mais le plus fort est que ce réalisme nous sert une version imaginaire de la réalité. Notre ministre n’hésite pas à remettre le couvert au près des médias : l’Education nationale est bien lotie avec 21 élèves par classe…

Et il n’y a selon lui pas de quoi s’affoler : le maillage territorial des établissements est « extrêmement dense ». Ce qui est allègrement malmener un principe républicain en le décrivant comme un luxe, tout en normalisant la place du privé dont on voit le rôle qu’il pourrait finir par jouer dans cette description en termes de « réseaux d’établissements » et « d’adaptation de l’offre territoriale ».

La situation est presque présentée comme optimale, si l’on en croit la logique d’une hiérarchie qui nous invite hardiment à défendre auprès des personnels et des usagers inquiets des suppressions de postes d’enseignants l’argument selon lequel les moyens ne font pas tout, mais que tout est affaire de pilotage. Ce déplacement quasi-merveilleux du regard permettrait même d’en finir avec des décennies apparemment consacrées à verser inutilement de l’argent public à l’éducation prioritaire, alors qu’il serait de toute évidence suffisant, sans avoir besoin de donner de quelconques moyens et par la seule force de l’intelligence collective, de traquer la difficulté scolaire dans les 800 collèges où sa densité se concentre à 40%.

Finalement, tout est soluble dans le management. Le miracle du définancement, c’est qu’il arriverait presque à nous faire croire que loin de desservir le service public, il le renforce.

Etrange « pragmatisme » qui prend la forme d’un art de la prestidigitation ! Contrairement aux autres syndicats de la profession, FSU Per Dir n’entend pas saluer une inflexion stratégique dans la continuité politique. L’Ecole publique continue d’en payer le prix.