Une rentrée en forme de crash-test

Entre « plan Vauban » pour des forteresses numériques, « cyber-brigades » et « unité spéciale », la surenchère d’un volontarisme a posteriori est enclenchée pour une situation qui présente bien des similitudes avec les catastrophes climatiques de l’été. De même que les incendies ont révélé l’ampleur des carences et les conséquences d’un sous financement qui contraste avec les postures d’autosatisfaction et les discours de déni, l’Etat ne s’est pas montré davantage à la hauteur de la protection de ses données.

La start-up nation promeut le numérique à tout va et prétend investir dans l’intelligence artificielle quand elle laisse la responsabilité de la sécurisation des données à des DSI débordées, et dont les budgets sont dérisoires au regard des coûts investis dans le développement des logiciels qui envahissent le quotidien des agents publics. A l’Education nationale, la prévention des risques est dramatiquement défaillante pour un ministère qui pousse à une numérisation de nos pratiques et à la surproduction des données.

Les chefs d’établissement sont les premiers concernés du fait des transformations d’un métier qui tend à devenir le principal point d’application d’un techno-pouvoir obsédé par le contrôle via le traitement de l’information et sa centralisation.

Dans le train de mesures que les communications officielles de rentrée vont mettre en avant, il serait bien malvenu que soit resservie la stratégie devenue habituelle pour des services publics malmenés, à savoir le déplacement des problèmes vers l’assignation des responsabilités individuelles.  En l’occurrence de faire porter le poids des responsabilités en matière de sécurité numérique aux chefs d’établissement en raison de leur rôle de responsables du traitement des données personnelles.

Dans plusieurs académies, nos collègues ont subi le contrecoup de ces défaillances et ont été mis en difficulté, sans accès à leurs applications à une semaine de la rentrée, et abandonnés, sans soutien, à des contraintes kafkaïennes.

Nous devons déjà faire face à des conditions dégradées de préparation de rentrée : calendrier des affectations bousculé par la gestion accélérée des stagiaires, accumulation des prescriptions précipitées (téléphone, évaluations nationales avancées, charte des parents …). Aux inquiétudes et aux mécontentements des personnels et des usagers viennent s’ajouter les conséquences d’une incurie communicante. Les problèmes de fond sont en effet allègrement ignorés : la question de la gouvernance numérique s’ajoute à l’insuffisance du bâti au regard des évolutions climatiques et aux déficits en personnels qui pèsent sur notre travail. Pendant ce temps le téléphone portable et les aléas de l’interdiction des réseaux sociaux font l’objet d’une mobilisation pour une capture attentionnelle renforcée en contexte de dernière ligne droite avant les présidentielles.

C’est au fond la résilience à un crash institutionnel que nous expérimentons. Et la goutte numérique fait déborder le vase.

La priorité, pour les personnels de direction, ne serait-elle pas d’appliquer dès à présent la pause numérique à leur métier ?