Roland Lescure, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale, et François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, ont réuni le 8 mai dernier le comité stratégique EDUCFI. « À l’occasion des 10 ans de la stratégie nationale, un nouveau plan d’action ambitieux a été adopté pour renforcer l’autonomie financière de chaque citoyen ».
Notre ministre a pu annoncer en grande pompe la généralisation du Passeport EDUCFI à l’ensemble des élèves de 4e à compter de la rentrée 2026, son renforcement dans la voie professionnelle et son expérimentation au lycée général et technologique à partir de la rentrée 2027. Cette amplification est censée « garantir à chaque jeune l’acquisition de compétences financières essentielles ».
Qu’une ouverture aux principes de base des questions économiques dans leur dimension la plus concrète soit faite au niveau du collège, pourquoi pas ? Mais pour une annonce en fanfare de ce qui se résume à l’accouchement d’une souris, le satisfecit n’est pas très approprié.
Encore une fois, le parachutage d’un one shot d’une heure déconnecté des apprentissages disciplinaires passe pour la réponse à un besoin. On est censé croire que les esprits vont en être frappés pour toujours… Mais qui plus est, cela donne une interprétation douteuse et partisane du besoin.
S’agit-il de préparer les jeunes à l’insertion dans la vie professionnelle et à leur adaptation à une certaine idée de la société ? La lutte contre le surendettement est alors le prétexte à l’inculcation d’une représentation tronquée à l’opposé du rôle émancipateur de l’Ecole.
Qu’on songe au contraire aux possibilités d’un apport disciplinaire et interdisciplinaire pour accompagner l’esprit critique sur les enjeux économiques et le monde du travail : c’est une tout autre dimension éducative qui pourrait être mise en avant. Ce serait pour nous perdirs bien plus intéressant et riche de sens dans le travail avec nos enseignants.
Mais l’exigence ne va pas jusque-là. Elle est petite, se contentant de quelques slogans, à l’image des postures aussi incantatoires que dérisoires sur l’orthographe et le calcul mental.
