Compression des moyens et territorialisation du pilotage : sous le pragmatisme, la propagande

Après « les contraintes de la dette », celles de la démographie. Sous l’hypothèse que la tendance se poursuive au même rythme, en 2035 il y aura environ 14% d’élèves en moins (- 1,7 millions) dans le système éducatif. L’ampleur du « mur démographique » a tout pour impressionner, et alimenter la fabrique du consentement à la réduction des moyens de l’Education nationale comme à une « territorialisation accrue des politiques éducatives ».

C’est cependant passer sous silence une partie du problème, dans une volonté manifeste d’imposer les évidences de la raison néolibérale.

Le pragmatique Edouard Geffray, avec tous les zélateurs d’un opportun principe de réalité, oublie de mentionner que la fermeture des postes est une politique conduite dans la continuité depuis 20 ans, alors même que la natalité, du fait du baby-boom des années 2000, était en hausse. On relèvera que cela a été tout particulièrement le cas sur la période 2017-2023 où l’augmentation de la population scolaire s’est traduite par la suppression dans la même proportion du nombre des emplois.

Certes « les moyens ne font pas tout ». Mais qui peut croire que leur compression serait sans effets ? Ils s’en font sentir dans une situation du système éducatif que tous les acteurs s’accordent à reconnaître en crise : crise du recrutement, dégradation de la qualité de l’enseignement, détérioration de la santé mentale des élèves et des personnels…

Face à cette réalité : le déni d’une politique qui profite de l’opportunité pour remettre à jour la propagande décentralisatrice du « pari de la proximité » pour « une école pensée comme levier d’aménagement du territoire, articulée étroitement avec les acteurs locaux ».

L’irresponsabilité n’est-elle donc pas plutôt dans le camp de ceux qui mettent le futur en péril, et qui continuent de voir dans le service public d’éducation une dépense à réduire – au profit par ailleurs d’un soutien au privé – plutôt qu’un bien commun à protéger ?

La France dépense en moyenne 11% de moins que l’ensemble des pays de l’OCDE et 20% de moins que ses voisins européens. Pour un niveau de dépenses équivalent avec ces projections démographiques, l’occasion pourrait être saisie de rattraper son retard et atteindre l’objectif pour l’OCDE de 19 élèves par classe, au lieu de se féliciter comme à présent du fameux taux moyen de 21.

Non, l’éducation n’est pas bien lotie. La France fait le choix de délaisser son école. L’aide publique aux entreprises, premier objectif national et premier vrai budget de la nation, produit un surcroît des dépenses de l’État, pendant qu’on abaisse les dépenses d’éducation et qu’on organise dans une logique de libéralisation la dérive d’une délégation territorialisée de l’action éducative. Dans tous les pays où cette « solution » a été poussée, on a pu en constater les effets délétères pour l’école publique.

FSU Per Dir défend un tout autre projet de société et un tout autre niveau d’ambition pour l’Ecole. Nous appelons pour cela les personnels de direction, qui subissent en ce moment une tentative d’enrôlement dans l’emploi de petits soldats du néolibéralisme éducatif, à faire obstacle à la mise en œuvre d’une politique irresponsable et à refuser de s’en faire les porte-parole.