« Démocratie scolaire » : comment contourner les vraies questions

Insuffisance des moyens d’éducation et d’enseignement, surcharge des classes, carence en personnels de santé scolaire, absence de vison prospective sur l’état du bâti, démission au regard des enjeux de réduction des inégalités de réussite, retour en force d’une pression de sélection qui entérine les mécanismes de la reproduction sociale… Les revendications portées par les lycéens pointent les responsabilités d’une politique qui a accéléré la détérioration de l’Ecole publique.

Les revendications lycéennes sont d’abord des questions de politique éducative

Les questions que la force de ce mouvement rend audible dans l’espace public ne sont pas seulement accessoirement légitimes. Elles sont centrales. Ce sont des questions de fond : pour aussi concrètes et triviales qu’elles soient parfois quand elles touchent au besoin de conditions matérielles décentes, elles ont la dignité de questions proprement politiques. Or la réponse qui leur est apportée n’a pas la même ampleur. Elle ne leur accorde pas l’attention qu’elles méritent et se limite à une tentative de « désamorçage ».

La condescendance est de mise dans un discours qui prétend faire valoir l’écoute et le respect des formes de la « démocratie scolaire », comme s’il s’agissait du cadre étriqué d’un problème de « climat scolaire » délégable aux établissements. Les problématiques de politique publique et de politique éducative ne peuvent pas être abaissées à des questions de CVL.

Désamorcer sans rien remettre en cause

Quant aux « chantiers majeurs » entrepris par le Premier ministre, ils relèvent de mesures cosmétiques (« interlocuteur spécifique » pour Parcoursup, « optimisation » du recours aux remplaçants, « incitations aux Régions ») qui ne remettent aucunement en cause les orientations qui ont abîmé les situations des lycées.

Une stratégie de défausse : les chefs d’établissement en boucs émissaires d’une politique en crise

C’est commodément sur les chefs d’établissement qu’une politique se défausse de ses défaillances en leur transférant une responsabilité qui n’est pas la leur. Elle leur demande de réparer la crise, quitte à les exposer plus encore par des mesures d’affichage qui génèrent de nouvelles déstabilisations (la banalisation des demi-journées de débats). Pour ne rien dire la mise en avant d’incitations extravagantes et déconnectées qui discréditent leur travail (« recours à l’IA » pour la confection des emplois du temps) pour des difficultés qui tiennent aux contraintes imposées par la réforme du lycée.

Les personnels de direction ne serviront pas de caution à une stratégie qui vise à contourner des problèmes qui devraient être mis au centre du débat public.  

Edmond Porra

FSU Per Dir