Combattre le fascisme

La mort du jeune militant néo-fasciste Quentin Deranque a ouvert la voie à un discours de disqualification de l’antifascisme. Par un sidérant retournement des valeurs, dans une dénonciation unilatérale de la violence de l’ultra-gauche, l’antifascisme est présenté comme une menace pour la démocratie plus grave que le fascisme. L’opportunisme des nouvelles alliances dans un jeu de recomposition de la cartographie politique amène ainsi à légitimer l’expression du discours fasciste et à normaliser sa diffusion dans la société.

Il faut résister à cette déferlante récupératrice qui empoisonne les consciences.

La lutte contre le fascisme est un devoir moral dans la mesure où le fascisme est un effondrement de l’éthique et une atteinte à l’humanité.

Elle est a fortiori un devoir républicain. Car la République est la démocratie fondée sur l’État de droit, soit tout autre chose que le populisme fasciste, qui est une corruption de la démocratie.

Ces verrous de l’Etat de droit sautent à mesure que s’élargit l’acceptabilité politique du fascisme : mise en accusation de la justice, atteintes à la dignité humaine dans un discours raciste décomplexé, corruption du débat public par les médias d’extrême droite…

La situation française entre en résonance avec un contexte international marqué par la version trumpiste du fascisme, qui laisse libre cours à un néo-impérialisme brutal, à la décrédibilisation des instances du droit international, à la destruction des contre-pouvoirs institutionnels, à l’affaiblissement de la valeur de la vérité, au relativisme climato-sceptique, à la violence masculiniste et au suprémacisme racial et social.

La vague identitaire, xénophobe et autoritaire prend de plus en plus d’ampleur dans une société qui se brutalise. C’est la destruction du cadre républicain et des droits qui fondent notre démocratie qui est en jeu alors que l’extrême droite est chez nous aux portes du pouvoir.

Un syndicat des personnels de direction n’aurait rien à voir avec ce combat ? Au contraire, cela a tout à voir, parce que les personnels de direction représentent l’État dans des établissements qui ont la charge de la jeunesse dans une période cruciale de sa formation. Nous affirmons que c’est notre premier devoir dans l’action que nous engageons avec nos équipes.

Nous n’avons pas le droit de manquer à cette responsabilité, nous qui portons l’action des professionnels de l’éducation, qui incarnons la République auprès des usagers, qui avons la charge de mettre en acte la mission éducatrice, d’en impulser la cohérence et d’en affirmer les priorités sur le terrain.

Parce que l’école n’est pas seulement un lieu où on acquiert des habiletés cognitives et affectives. Son rôle est plus profond que ce à quoi la réduit une idéologie qui favorise une approche psychologisante des enjeux de la scolarité. Elle est d’abord l’apprentissage de la société, et à ce titre l’action éducative répond à l’enjeu éminemment politique de préparer ceux qui feront la Cité de demain.

Il nous appartient

  • de promouvoir une organisation des apprentissages qui favorise une socialisation faite de coopération, de solidarité et d’ouverture à l’altérité ;
  • de donner sens à la fraternité républicaine en conduisant notre action dans le souci de rendre l’égalité réelle ;
  • de valoriser, dans la politique éducative que nous faisons vivre, les savoirs fondés sur la raison contre les croyances et la relativisation de la vérité ;
  • de veiller à l’élargissement des horizons d’une pensée qui se forme, à l’abri des séductions de la manipulation et des pièges de l’autoritarisme ;
  • d’éduquer aux principes d’une société inclusive, qui rejette les dominations de « capacités » comme de classe, de « race » et de genre ;
  • de prévenir les effets du climato-scepticisme et de la prédation des ressources naturelles
  • de combattre les dérives identitaires, comme les dévoiements et les instrumentalisations du principe de la laïcité ;
  • de mettre au premier plan les droits humains, la lutte contre les impérialismes, le rejet des génocides et la défense de la paix.

Nous avons cette responsabilité et un devoir de l’assumer pour empêcher le basculement de notre société dans le fascisme.

L’antifascisme, c’est d’abord cela, et le snU.pden-FSU n’hésite pas à s’en revendiquer.