Les chefs d’établissement sont appelés à mettre en œuvre dès la rentrée la « Charte Parents-Ecole » censée garantir « le respect des enseignements, des choix pédagogiques et des règles d’évaluation ainsi que le respect dû aux professeurs et à l’ensemble des personnels de l’éducation nationale ».
Qu’en fonction des contextes ou d’un choix de pratiques professionnelles qui relèvent de la marge de manœuvre du chef d’établissement, une charte soit mise en œuvre comme outil pour faire vivre une communauté éducative, pourquoi pas ? Mais pourquoi en généraliser le principe et en faire l’objet d’une nouvelle injonction ?
D’autant plus lorsque le guide qui l’accompagne ne fait globalement qu’enfoncer des portes ouvertes (« la qualité des relations entre les familles et les équipes éducatives est un facteur reconnu de réussite scolaire »), quand il ne confine pas à la prétention de nous apprendre notre métier (« Le dialogue se construit par des contacts réguliers, une information et des occasions de rencontres qui permettent aux familles de mieux connaître l’établissement et ses personnels » ; « les parents sont encouragés à prendre part aux événements organisés à leur attention par l’établissement… »).
Mais cette charte vise bien autre chose que l’efficacité. Elle forme la musique d’ambiance autour du décret du 28 juillet dernier, imposé malgré l’avis contraire du CSE, qui instaure le principe de la punition d’un élève pour les actes de sa famille en rendant possible sa réaffectation suite au comportement indésirable des parents.
La petite musique du respect de l’autorité de l’Ecole cible l’enseignant. On aura remarqué qu’il est le gibier électoral de cette rentrée. Tandis que les enchères vont bon train entre les candidats à la présidentielle autour de la revalorisation du pouvoir d’achat des enseignants, le ministère oscille entre communication plus ou moins maladroite sur leur salaire et effets d’annonce sur le retour d’une autorité protectrice de ses personnels.
Il est vrai qu’avec 10 points de plus que l’ensemble de la population, les enseignants font encore partie de ceux qui votent. Ils en représentent une part non négligeable dans des circonstances où chaque voix compte, et de surcroît de plus en plus instable dans ses intentions de vote (20% en faveur de l’extrême droite). A ce titre ils constituent un potentiel susceptible d’être attiré par les sirènes d’un discours qui s’aligne sur les thèmes hyper-conservateurs portés par le RN et les médias Bolloré.
On ne saurait contester le besoin de rendre effective la protection des personnels de l’Education nationale. Mais elle pourrait prendre une autre forme que celle de ce succédané d’une volonté d’agir assurée des moyens propres à favoriser la construction de la confiance. C’est dommage. On pourrait attendre autre chose du contexte de cette campagne, tant pour l’avenir de l’Ecole que pour le sens de notre action, que l’agitation de signaux dérisoires.
