Visioconférence du 5 janvier 2026 : une intervention du ministre à double tranchant
Le ministre s’est voulu rassurant et pragmatique, affichant un discours de confiance lors de son intervention du 5 janvier auprès des personnels de direction.
Mise en pause des pseudo grandes visées réformatrices, ralentissement de dispositifs empilables et des « 54 référents » en tous genres, modération de la course communicante derrière les événements, tempérance des injonctions « administrativo-bureaucratiques »… Finalement, autant de bonnes nouvelles.
Le recul sur le choc des savoirs a été acté, mettant fin à deux années d’une mauvaise farce, et l’interrogation est marquée sur le Y en LP, ce qui ressemble fortement à une chronique d’une mort annoncée. Deux points dont on aura évidemment pas lieu de se plaindre.
L’image est ainsi posée d’un ministre qui ne se projette pas sur une ambition politique, qui se cantonne à une posture de haut fonctionnaire bon connaisseur du système, qui cherche le fonctionnement efficace de l’Education nationale en laissant leurs responsabilités aux personnels de direction.
Tout cela est fort bien, les syndicats habitués de la parole complaisante n’ont pas manqué de s’en féliciter. A juste titre certes. Mais à condition de ne pas s’en tenir aux revendications à courte vue.
Car on n’en reste pas moins au milieu du gué.
Il manque en effet un petit quelque chose dans ce discours : une remise en cause de la ligne globale adoptée depuis la nomination de J.M. Blanquer puis des ministres qui se sont succédés et des réformes désastreuses qu’ils ont engagées.
Edouard Geffray tente de déminer le terrain Education nationale à moins de deux ans des élections présidentielles. Il n’en demeure pas moins que les évolutions profondes du système éducatif vers plus de sélection, vers l’abandon du principe fondamental de la loi d’orientation de 2013 sur la capacité de tous les élèves à réussir leur scolarité, ne sont pas remises en cause.
De même concernant l’éducation prioritaire : la révision de la carte que nous réclamons depuis plusieurs années, « ne peut être envisagée », nous dit le ministre, « du fait de sa courte espérance de vie dans sa fonction ». Par contre 800 collèges sont ciblés, sans moyens complémentaires a priori, pour remédier aux faibles résultats de leurs élèves. Renvoi donc de la responsabilité aux équipes éducatives. Le ministre a insisté sur le fait qu’un tiers d’entre eux ne relève pas de l’enseignement prioritaire et que certains ont un IPS de 110. Ne serait-ce pas les prémices de l’abandon de la notion même d’éducation prioritaire telle qu’elle existe depuis des décennies ? Les critères essentiels amenant l’entrée en éducation prioritaire étaient fondés sur des critères sociaux sur une zone, la labellisation permettant l’attribution de moyens complémentaires pour favoriser la réussite des élèves.
Nous ne pouvons accepter ces orientations si ce ne sont que des contre-feux justifiant de délaisser le chantier de l’éducation prioritaire.
Pour d’autres mesures :
· la suppression de 4000 postes à la prochaine rentrée … actée.
· la généralisation des évaluations à tous les niveaux … actée.
· la centration sur des compétences fondamentales vues par le petit bout de la lorgnette… actée
En revanche, sur
· la réduction des effectifs … rien
· les moyens pour permettre aux élèves d’accéder à une réelle émancipation par les savoirs et compétences acquis au sein du système éducatif … rien
Concernant nos carrières et rémunérations, le constat est encore plus amer.
· si l’échec annoncé du CIA, a commencé à être reconnu, il n’est aucunement question d’interroger le biais fondamental : seul l’indemnitaire est actuellement privilégié au détriment de l’indiciaire. Seul celui-ci peut permettre une rémunération juste, équitable et transparente.
· la transparence des opérations de gestion … aucune évolution
· des mesures pour permettre aux femmes d’accéder plus aisément aux postes les plus rémunérateurs … rien
· augmentation du taux de promotion à la hors classe… pas possible
· La hiérarchisation délétère chef/adjoint … pas un mot
Opération déminage réussie, perspective politique redonnant souffle aux établissements et aux personnels de direction, en attente… La seule incantation à la confiance ne peut suffire.
Peut-être le ministre Geffray n’est-il pas en capacité politique de peser sur la définition des lignes directrices. Peut-être sa seule mission est-elle d’obtenir un climat social apaisé pendant les quelques mois qui précèdent l’élection présidentielle. Nous apprécions ce calme proposé après des années tempétueuses. Mais cela ne peut suffire.
Le snU.pden-FSU n’a pas eu droit à la parole lors de cette visio, au détriment de tous les textes sur la représentativité syndicale. Le non-respect des textes réglementaires, nous en avons hélas pris l’habitude. A moins d’un an des élections professionnelles, le dialogue social et l’équité de traitement des organisations syndicales en auraient été grandis
Notre parole aurait fait entendre une autre voix, une autre voie aurait pu être tracée pour l’Éducation nationale et les personnels de direction.
Pour que le snU.pden-FSU puisse être entendu avec force, rejoignez-nous.
