Passe ton DNB d’abord

Pour ne pas être en reste sur le temps politique, le ministère, en dépit du style minimaliste imposé par Edouard Geffray, ne fait pas que de la gestion.

La circulaire du 26 mars dernier entend donner « un cadre pour préparer les élèves aux nouvelles attentes des examens du brevet (DNB) et des baccalauréats ». La communication retrouve ainsi ses droits, avec le thème de la « revalorisation de l’excellence ». Il s’agit de « redonner toute leur place et leur vrai sens aux diplômes », voire de les « remonétiser ». Bel objectif en ces temps où la réussite en politique de la génération des Attal, Bardella ou Lecornu semble avoir pour prérequis l’échec au diplôme ou à défaut quelques arrangements avec les diplômes…

Le narratif de la rigueur et de l’exigence est convoqué avec la volonté de « valoriser le travail régulier, la rigueur, la maîtrise des savoirs ainsi que la qualité de la rédaction et du raisonnement ». Certes l’exigence et la qualité des apprentissages sont nécessaires à la lutte contre les inégalités, et l’on peut dire avec Jean Pierre Terrail que « l’école démocratique dont nous avons besoin », contre tous les aménagements d’une réussite à bas coût cognitif, « confronte tous les élèves à des objectifs d’apprentissage ambitieux, et leur donne les moyens de les réussir ».

Mais qui croit-on abuser avec l’idée d’un « choc de rigueur » au niveau du diplôme alors que les exigences éducatives sont abandonnées, que les moyens dédiés à l’Ecole sont fragilisés, que le temps et les ressources pour soutenir les plus fragiles et consolider les apprentissages sont remplacés par des kits éducatifs ?

Marc Bloch, dont on s’apprête à célébrer la mémoire, mériterait mieux qu’un hommage de façade :  « un mot, affreux mot, résume un des travers les plus pernicieux de notre système actuel : celui de bachotage ». On serait bien inspiré de le méditer, tandis que le ministère explique leur métier aux chefs d’établissement et les enjoint d’organiser des séances de révision.

A travers l’affichage d’un « concours général des collèges » c’est le mythe d’un redressement du niveau par la mise en concurrence qui est réactivé, avec l’idéal d’une méritocratie délétère qui renvoie les réussites et les échecs aux seules responsabilités individuelles de l’élève. Logique paresseuse, et logique de piètre pédagogue, dont on mesure les effets dans nos établissements.

Aussi est-ce un peu la panique face aux prévisions d’une chute de 10% des taux de réussite, car il faut tenir les deux bouts contradictoires de la communication, entre narratif simpliste du serrage de vis pour séduire un peuple qu’on méprise autant qu’on le courtise et sortie de parapluie contre les déconvenues des familles du même peuple.

Qu’on ne s’y trompe pas : l’opposition rigueur vs laxisme ne se distribue pas comme on croit. Derrière le discours de la réévaluation du niveau des diplômes, le véritable problème, c’est celui d’une politique superficielle qui, sous prétexte de faire droit au mérite, organise l’abandon de l’ambition pour l’Ecole d’une culture commune visant à mettre à portée de tous le plus haut niveau d’exigence. Et cela, par cynisme ou lâcheté, au profit de l’affirmation décomplexée du tri social.

Si les diplômes ont leur place dans notre Ecole, et s’il faut les défendre contre le modèle invasif des certifications en tous genres, c’est, contre tous les renoncements, en vue d’une exigence dernière et inconditionnelle : la lutte pour l’égalité des réussites.