Déclaration des représentants de la FSU au CSA MEN du 26 janvier 2026

Monsieur le ministre,

En dépit de 3 reports de ce CSA consacré à la préparation de la rentrée, nous sommes encore dans les temps pour vous et nous souhaiter une bonne année, qu’elle soit la meilleure possible sur tous les plans, pour l’Ecole, ses élèves et ses personnels. Difficile d’aller plus loin dans les qualificatifs au regard du contexte mais faisons-en sorte que cette année ne soit pas celle des mots, mais celle des actes. Monsieur le ministre, vous êtes le 7ème à ce poste en 5 ans, soit plus de ministres que de dégel de la valeur du point d’indice mais quasiment autant que de rafistolages des réformes Blanquer et du Choc des savoirs. Cette instabilité chronique ne doit pas être un obstacle à prendre des mesures à la hauteur des enjeux, immenses, pour réparer un service public d’Éducation très abîmé par 10 ans de politiques menées contre les personnels.

La séquence budgétaire qui s’étire depuis le mois d’octobre et l’utilisation du 49.3 ont durablement éloigné l’opinion publique d’enjeux pourtant cruciaux pour l’avenir de notre modèle social, et participe de la crise démocratique qui s’aggrave dans notre pays. Mais cette dernière se nourrit d’abord de la mise à mal de tous les moyens qui assurent la solidarité, le lien social et la cohésion sociale à commencer par les services publics. Le refus de mettre à contribution les ultra-riches, alors même qu’ils usent et abusent de stratégies de contournement et d’optimisation fiscales, relève d’une forme de séparatisme fiscal insupportable.

Rappelons ici quelques chiffres : les aides publiques aux grandes entreprises, sans condition, ni transparence se sont élevées à 211 milliards en 2023 quand l’augmentation de 10 % des professeur·es peut se chiffrer à 3,6 milliards et la création d’un corps de fonctionnaires d’AESH à 4/5 milliards d’euros.

Sans oublier évidemment l’urgence d’une revalorisation – indispensable et significative des catégories C et B – qui voient leurs traitements être percutés par la revalorisation du SMIC au 1er janvier 2026.  Elles et ils verront le retour d’une indemnité différentielle parce que disposant d’un indice de rémunération dont le traitement brut est inférieur au salaire minimum en vigueur dans notre pays. Inacceptable pour la FSU, pour qui la revalorisation de tous les personnels du ministère doit être une priorité absolue ! La preuve, une fois de plus, que sur les questions budgétaires, tout est affaire d’abord de choix politiques et non de contraintes.

En dépit des discours se voulant rassurants, l’Education nationale pâtit aussi de certains choix. Si nous saluons la création d’emplois d’AESH, nous alertons sur les difficultés à pourvoir ces postes faute d’un plan de sortie de la précarité guidé par la création d’un corps de fonctionnaires de catégorie B. Les AESH, essentiellement des femmes, n’attendent pas un quasi statut comme vous le caractérisez, mais un statut plein et entier. Il est urgent d’ouvrir les discussions sur la base de projections budgétaires et études d’impact. A travers cette question, se joue notamment l’avenir d’une École publique réellement inclusive, qui apprend à vivre ensemble.

Le projet de budget prévoit près de 4000 suppressions d’emplois d’enseignant·es dans le 1er et 2d degré essentiellement au nom de l’évolution démographique. Nous dénonçons ce choix, tout comme l’absence de création d’emplois de CPE, et exigeons l’annulation des suppressions d’emplois et la création des emplois nécessaires à l’amélioration durable des conditions de travail et d’étude.

Dans le premier degré, la préparation de la rentrée 2026 subit les conséquences du calendrier électoral : le temps sera contraint après les municipales pour préparer au mieux la rentrée.  La rentrée 2025 a déjà été catastrophique dans le 1er degré, avec des milliers de fermetures de classes et un manque de moyens pour assurer la continuité du service public d’éducation au quotidien. La FSU s’oppose à la fusion des missions des titulaires remplaçant·es (ZIL, formation continue, ASH, stages longs, REP+) imposée par le ministère, qui dégrade les conditions d’exercice des remplaçant·es et a des conséquences pour l’ensemble des personnels.

Dans le second degré, les opérations de préparation de rentrée vont se poursuivre au niveau académique, départemental et local. Nous exigeons le respect des cadres démocratiques de discussions à tous les niveaux. Les CA et leurs émanations doivent exercer pleinement leur compétence d’usage des dotations horaires attribuées aux établissements : adoption d’un TRMD, pouvant être amendé par les représentant·es des personnels, et découlant d’une structure précise que le CA fixe, ayant pour conséquence des propositions de créations-suppressions de postes sur lesquelles il émet un avis.

Sur le fond, il ne s’agit pas de nier les chiffres, objectifs d’évolution du nombre d’élèves à court et moyen terme. Mais bien de regarder d’où nous venons et vers où nous allons. Depuis 2017, le second degré public a accueilli plus de 8000 élèves supplémentaires mais s’est vu supprimer un peu plus de 8000 emplois de professeur·es. Le nombre d’élèves par classe a augmenté, nous avons les classes les plus chargées d’Europe au niveau collège et il faudrait près de 10000 emplois supplémentaires pour retrouver le taux d’encadrement de 2017. Supprimer des emplois quand les effectifs augmentent, supprimer des emplois quand les effectifs diminuent. Bref, supprimer des emplois.

Devant nous, il n’y a pas qu’un enjeu démographique, il y a aussi un défi démocratique. Pour la FSU, il est indispensable de maintenir la présence et l’ouverture d’écoles et d’établissements publics sur tout le territoire et de ne pas laisser des secteurs entiers à la seule offre du privé. Les évolutions démographiques ne doivent pas être un outil pour territorialiser un peu plus l’exercice des missions de l’Ecole. A ce titre, la FSU dénonce les manœuvres en cours en milieu rural : fermetures de RPI et concentrations d’écoles, en s’appuyant sur les Observatoires des Dynamiques Rurales pour contourner les instances de carte scolaire et en écartant des réflexions les représentant·es du personnel et des parents d’élèves. A plusieurs reprises, nous avons aussi exigé d’avoir une vision de long terme des évolutions démographiques et des besoins de l’Ecole publique, il est urgent d’entamer ce travail avec une boussole : la qualité du service public d’Education, au service d’une ambition, celle d’une Ecole émancipatrice qui contrecarre les inégalités de tout ordre et reste le socle de notre modèle social et démocratique.

Si la rentrée se prépare sous le signe de la dégradation des conditions d’étude et de travail, bien d’autres questions sont encore en suspens, notamment en lien avec l’avenir de certaines réformes. La FSU se félicite de l’abandon du caractère obligatoire des groupes de niveau, résultat d’une mobilisation de la profession qui n’a jamais faibli. Mais dans le cadre de la préparation de la rentrée, il nous revient des formes de pressions inacceptables au maintien des moyens dédiés conditionnés au maintien des groupes en 6ème/5ème. D’autres points doivent être clarifiés, dont l’avenir des classes prépa 2de qui n’ont, à cette heure, plus de base réglementaire pour leur maintien à la rentrée.

La FSU se félicite également qu’enfin soit reconnu l’échec l’année passée du parcours différencié de terminale bac pro. À quelques semaines d’annonces que vous souhaitez mettre en œuvre dès la rentrée prochaine, nous réaffirmons les exigences de la profession, dans l’intérêt des élèves et des personnels : des examens à partir de la mi-juin et l’abrogation du parcours personnalisé.

Nous regrettons l’absence de révision de la carte de l’Education prioritaire qui aurait permis de traiter de manière structurelle la question des inégalités sociales et scolaires, dont la persistance et l’aggravation pèsent sur le quotidien de nos collègues. En dépit des échéances électorales, il reste un espace pour amorcer ce travail : la FSU demande qu’un travail commence sur les critères de révision de la future carte de l’Education prioritaire. Un travail transparent à rebours de la construction de la liste des 800 collèges, sous le signe de l’omerta qui, lorsqu’elle se fissure, fait apparaître quelques aberrations et interrogent sur les objectifs poursuivis.

Nous reviendrons largement dans le CSA de jeudi sur la réforme de la formation initiale, mais que nous soyons le 26 janvier, à quelques semaines des premières épreuves, toujours en train de mener des GT et d’étudier des textes statutaires, montrent bien la précipitation avec laquelle a été menée cette réforme, avec d’abord un objectif d’affichage politique en vue de 2027.

Les enquêtes institutionnelles ou syndicales convergent : démissions, reconversions, ruptures conventionnelles…tous les signaux sont au rouge et confirment une profonde crise de sens de nos métiers. La faiblesse des rémunérations pèse lourd mais aussi le sentiment de ne plus pouvoir faire ce qui motive l’engagement dans un métier du service public : servir l’intérêt général. Les réformes faites et défaites, l’aggravation des inégalités, la mise à mal des ambitions émancipatrices et démocratisantes de l’Ecole publique, la sous administration avérée et objectivée par un rapport parlementaire, les évolutions de la société, les drames qui touchent parfois la communauté éducative… là aussi, tout converge et s’accumule.  Et pourtant, l’Ecole tient, tourne au quotidien. Mais elle ne tient plus que par un fil : celui de la conscience professionnelle des personnels. Compter uniquement sur cet engagement pour que vive l’Ecole publique serait d’un cynisme irresponsable. C’est pour cela que les remerciements et les belles paroles, à l’image de ceux de vos vœux, ne suffiront pas. C’est toujours préférable que de se voir affublés du sobriquet de ventilateurs à angoisse ou de se voir accuser d’être à l’origine d’un paquet d’heures perdues. Mais une politique éducative ne se fait pas à coup de remerciements. Les échéances électorales décisives pour l’avenir du pays ne doivent pas empêcher de conjuguer mesures d’urgence, sur les salaires, les carrières, les conditions de travail et mesures plus structurelles pour réparer le service public d’Education à moyen terme. Tout ce qui pourra être cranté en la matière avant 2027, sera aussi une manière de préserver l’Ecole publique et ses personnels en cas d’arrivée de l’extrême droite au pouvoir.

La FSU n’attendra donc pas pour organiser, soutenir, relayer, des mobilisations, dès cette semaine dans certains départements, pour exiger les moyens indispensables au bon fonctionnement du service public d’Education et des politiques qui confortent les ambitions émancipatrices de l’Ecole publique laïque.