Procès d’intention ? Vraiment ?

Le SNPDEN nous adresse donc une réponse ouverte sur sa participation active au Club des dirigeants de l’éducation. Nous sommes ainsi censés incarner une vision étroite du syndicalisme en confondant « le débat et la confrontation des idées » avec une forme de fourvoiement.

Il y aurait donc d’un côté ceux qui prennent le risque du débat en s’engageant pour y peser, et de l’autre ceux qui se contentent des facilités de la critique, préférant la lutte stérile contre des abstractions. 

C’est aller un peu vite en besogne. Car on a du mal à voir ce qu’il y a à débattre au sein de ce club. Il ne s’agit pas d’une instance ouverte pour une interrogation sans parti pris sur l’identité professionnelle des personnels de direction. Il ne s’agit pas non plus d’une instance de dialogue social où les enjeux seraient de défendre et de faire progresser une certaine idée de notre métier. Il est difficile de nier la réalité de cet « espace d’intelligence collective » d’où n’émerge que le consensus sur une conception bien arrêtée du système éducatif. S’il s’agit de faire entendre au sein du Club une voix différente, le moins qu’on puisse dire est que la richesse et la variété du débat ne sont pas vraiment visibles dans les comptes rendus.

Que des représentants du plus gros syndicat des personnels de direction entendent « y peser » en s’y affichant, cela pose effectivement la question du poids qu’ils contribuent à donner à un groupe d’influence. Et quand on compte parmi les membres d’un club ou d’un parti, en principe ce n’est pas pour en discuter les fondements.

Car c’est bien le problème de ce club dont les conclusions se limitent à la série des poncifs d’une vision néolibérale de l’Ecole et qui, effectivement, s’auto-caricature. Précisons d’ailleurs que nous ne faisons pas du « NPM » le Grand Ennemi. Nous estimons qu’il s’agit d’une vieille lune (d’où notre référence aux années Blair), et il est précisément désolant de voir que le prétendu débat se limite à discuter sur la base de lieux communs, si ardemment défendus contre les marchands de « slogans ».

On remarquera à ce sujet un certain embarras. On est passé de l’argument de la voix différente à celui de la convergence de vues entre ceux qui sont du bon côté de la raison et font preuve d’ouverture d’esprit : de la « présence sans l’adhésion » à l’adhésion pleine et entière à des évidences partagées, dans le dépassement de ce qui ne serait que critique improductive et préjugés étriqués.

Pourtant, oui, FSU Per Dir l’assume : dans ce discours que le SNPDEN juge superflu de soumettre à la critique, le système éducatif est bien pensé sur le modèle du marché, la fonction publique sur celui de l’entreprise, et l’enjeu est bien celui de l’acculturation des cadres et de la disciplinarisation des acteurs de l’éducation selon une certaine idée de la société. Ne pas le prendre en compte dans le débat, c’est se condamner à ignorer les logiques qu’il faut combattre et limiter l’action syndicale à des enjeux superficiels.

Il semble donc qu’il y ait un peu d’exagération à parler de « débat de fond », tant le problème des « réformes » ne peut pas se résumer au fait qu’elles soient « parfois mal accompagnées » et tant le constat des difficultés du métier est vain s’il s’exempte de mettre en question les choix politiques qui les causent.

Pour le coup, si la démarche avait « fait significativement évoluer » les sujets de la rémunération, des carrières, de la mobilité, de la charge de travail… les personnels de direction s’en seraient rendu compte.

Il ne s’agit donc pas de « procès d’intention ». Le SNPDEN est libre de ses choix et nous n’en jugeons pas. On peut se fourvoyer par erreur, et non par faute. Pour cela, il faudrait avoir des convictions. Mais quand on se drape dans la vertu d’une éthique de la responsabilité pour fustiger une éthique de la conviction, en effet, on ne peut pas tout avoir.