Réforme du lycée : vitesse et précipitations n’augurent rien de bon pour les personnels de direction !


La DGESCO fait le tour des académies pour présenter aux proviseurs la nouvelle réforme du lycée. Ainsi, un peu partout en France des réunions sont organisées pour vendre la réforme avec le sourire. On abandonne la tonne de travail qui s’empile sur nos bureaux et on y va en se disant qu’on va pouvoir enfin avoir des réponses aux nombreuses questions qu’on se pose ou qu’on nous pose sans qu’on puisse y répondre…On ressort de ces  réunion avec amertume : beaucoup de blabla, très peu de concret !

Pourtant face à l’inquiétude exprimée par les familles et les élèves scolarisés en seconde actuellement dans nos établissements, face aux angoisses des enseignants qui ne savent pas ce que l’avenir dans leur établissement leur réserve (renforcées par les annonces de fermetures de postes) ne serait-on pas en droit d’avoir des renseignements précis sur la réforme qui doit se mettre en place dans quelques mois ?

Évidemment, nos états d’âme sur la préparation de la rentrée 2019/2020 et les DHG à venir ne sont pas à exprimer ouvertement, pas politiquement correct…On entendra ça et là dans les réunions DGESCO quelques syndicats dire ouvertement qu’ils étaient « pour la réforme…au départ mais que maintenant…» Pathétique !

Beaucoup de questions et pas de réponse du Ministère

Les réunions parents/professeurs se sont déroulées en début d’année comme de coutume et nous avons tous été interpelés sur l’avenir de nos établissements, leurs futures organisations, le BAC 2021. La circulaire Procédure d’orientation en fin de seconde n° 2018-115 du 26-9-2018 et les réunions organisées ne répondent à aucune de ces interrogations, pire, elles induisent des injonctions non pas contradictoires (on a l’habitude) mais irréalistes ! On demande par exemple qu’ « Au cours du premier trimestre de l’année scolaire, les établissements accompagnent les élèves et leurs familles dans la construction de leur projet personnel et l’appropriation des enseignements de spécialité proposés. » Ah oui ? Mais on ne sait pas, justement  quelles  spécialités seront proposées dans nos établissements !!! Alors va-t-on faire miroiter des spécialités qui seront proposées peut-être ailleurs que dans l’établissement où est scolarisé actuellement un élève, ou dans un autre établissement sans qu’on sache clairement lequel ? Dans les secteurs urbains, cela peut s’envisager mais en secteur rural ?

On nous dit qu’il va y avoir une rationalisation des formations à faible effectif,  proposées dans des établissements proches en regroupant l’offre… Qui conservera quoi ? Pas de réponse

On nous dit aussi qu’il y aura des spécialités qui seront enseignées par un enseignant et d’autres par plusieurs mais qu’on ne sait pas encore tout à fait car les programmes ne sont pas arrêtés en raison des discussions qui ont lieu actuellement ( …peut-être en décembre…en saura-t-on un peu plus…)

Bref, si on sait qu’il y a un pilote dans l’avion, il navigue à vue (cf : tergiversations sur l’enseignement  du grec…) et on risque de se crasher….  De toute façon, les personnels de direction feront les frais, une fois de plus, de l’incapacité à mettre en place dans la sérénité et en concertation une réforme… sur le BAC ! Tout dans la précipitation et advienne que pourra…

Dans le concret encore, cela veut dire que les personnels de direction vont  travailler dans des conditions dégradées pour préparer la prochaine rentrée. Les tensions avec les équipes vont être importantes, en particulier au moment des DHG  et nous en ferons forcément les frais.

En ce qui concerne les élèves, là encore, on a vraiment l’impression qu’ils seront la dernière roue du carrosse ou tout du moins que celles et ceux qui sont entrés en seconde cette année vont faire plus qu’essuyer les plâtres, ils vont bâtir leur avenir…sur du rien ou du pas grand-chose actuellement, sur des questions, du suspens…

Plus d’autonomie…pour financer ce qu’on ne nous donnera plus… égal moins de moyens !

On nous demande de vendre la réforme en mettant également en avant le nombre d’heures dévolues à l’autonomie qui sera en hausse… Mais au cours des réunions nous découvrons que nous devrons prendre sur cette enveloppe, les moyens qu’on ne nous donnera plus. Par exemple, le calcul pour déterminer le nombre de classes de première consistera à diviser la totalité de  l’effectif des élèves par 35 ou 37  (effectifs par classe). Mais nous savons parfaitement que pour les spécialités SVT ou physique, même si les programmes ne sont pas encore arrêtés,  les labos ne permettent pas d’accueillir 35 à 37 élèves et qu’il nous faudra prendre sur « l’autonomie » qui en réalité n’en est pas une ! Même chose en ce qui concerne les classes européennes. A ce jour, il n’y a aucune garantie qu’elles soient financées comme elles l’étaient, idem pour les sections sportives… On comprend parfaitement que les moyens  seront en régression et que l’on fera porter sur les établissements, en cas de suppressions de dispositifs, des mauvais choix sous prétexte d’autonomie alors que les lycées ne chercheront qu’à maintenir des aides, des dédoublements, ou des dispositifs existants aujourd’hui alors que nous n’aurons pas les moyens de tous les assurer. 

Comme le snU.pden-fsu le dénonce depuis toujours, « l’ autonomie » vendue çà et là, n’est en réalité qu’une enveloppe rustine pour mettre en place moins de dispositifs faute de financements, en faisant porter la responsabilité de baisse de moyens sur les établissements alors que cette responsabilité  incombe aux autorités académiques et ministérielles. L’autonomie ne permettra pas de proposer du plus aux élèves comme ça devrait être le cas !    

Mutualiser les spécialités entre établissements ? Comment faire des EDT réalistes ?

Mais au-delà de ces considérations concrètes, on se pose des questions de fond sur la mise en place de la réforme. Cette dernière renforcera nécessairement  la concurrence entre les établissements et dans un premier temps, déjà, chaque lycée voudra tirer la couverture à lui en proposant  forcément la plus grande offre de formation possible pour être le plus attractif. La volonté de maintenir également le plus de postes sera un paramètre incontournable de la réflexion. Si chaque Recteur proposera une répartition de l’offre de formation (au sein des lycées, des districts et des bassins), c’est bien l’avenir ou le devenir de certaines formations voire  de certains établissements qui est en jeu… dans les mois à venir…

On assiste à des regroupements d’académies, des regroupements d’établissements ne sont pas à écarter…

Pour finir sur une note humoristique qui ne fera pas rire les adjoints, mais qui montre combien des cadres bien-pensant de l’Éducation Nationale sont coupés des problématiques concrètes du terrain, la circulaire précise :« Des conventions pourront être mises en place entre deux établissements géographiquement proches afin de permettre à leurs élèves de suivre des enseignements de spécialité qui ne seraient pas offerts dans leur lycée de scolarisation. » Bonjour les emplois du temps !!! Déjà qu’il faut des semaines pour monter un EDT qui tienne la route, qu’en début d’année pour partager des profs entre deux établissements ce n’est pas simple, on va se retrouver à faire des emplois du temps partagés par établissement et par classe…

Il n’y a qu’un mot à dire, parce qu’on s’ennuyait : « MERCI ! »

Paris, le 3 octobre 2018

Le bureau national